Aéroport militaire, prise de température au pistolet laser infrarouge, masques et distances de sécurité : jamais nous n’aurions pensé que la fin de notre voyage autour du monde ressemblerait à une scène de film de fin du monde. Pourtant c’est bien ainsi que s’achève notre voyage en Asie, Océanie et Amérique latine : par deux semaines de confinement à Cusco au Pérou et un rapatriement en France. Merci Covid-19 !

Beaucoup de témoignages de français bloqués à l’étranger ou rapatriés en France nous ont semblés très anxiogènes : c’est en les lisant que nous avons réalisé à quel point nous avons eu la chance de vivre ce confinement et ce rapatriement sereins. Solidarité, cours de yoga, atelier de cuisine, clip vidéo et pensées positives au milieu d’une pandémie mondiale : récit de cette expérience sociologique hors du commun.

Île Amantani sur le lac Titicaca au Pérou

Amantani sur le lac Titicaca : le calme avant la tempête le coronavirus

Bloqués en plein tour du monde

Quelques heures avant l’annonce du confinement au Pérou nous nous trouvions à Amantani, une petite île du lac Titicaca. Logés chez une famille adorable, sans wifi, nous étions totalement déconnectés de la situation liée au Covid-19. Nous savions seulement que l’Amérique latine était jusque-là assez épargnée en nombre de cas. Nous étions naïvement confiants sur la suite de notre voyage en Amérique latine.

Autant vous dire que le retour à la réalité a été brutal. Nous sommes arrivés sur le continent le soir du discours de Martin Vizcarra, président Péruvien. La première mesure dictée a été très stricte : confinement total imposé pour tous, fermeture des commerces, interdiction d’aller travailler (sauf pour les biens ou services de première nécessité).

Au vu de cette pandémie mondiale et des mesures prises par les pays voisins, nous avons très vite compris que continuer notre voyage au long cours n’était pas une option envisageable. Il ne nous restait plus qu’à suivre les recommandations du gouvernement français : se rapprocher des grandes villes pour prévoir un retour en France.

Dans ce contexte, nous partons en vitesse au terminal de bus afin d’espérer monter dans celui que nous avions réservé quelques jours auparavant. Nous voulons à tout prix rejoindre Cusco, ville plus grande et plus touristique que Puno, afin d’être en première ligne pour un éventuel rapatriement. Nous réaliserons plus tard que nous avons eu le bon réflexe.

Covid-19 - files d'attente devant les magasins à Cusco, Pérou

Les files d’attente s’allongent à l’annonce du confinement imminent.

Des mesures fermes pour lutter contre le Covid-19

Après l’annonce du confinement, les mesures s’enchaînent toutes plus fermes les unes que les autres :

  • Interdiction de sortir de l’hôtel pour les touristes dans certains cas (même pour faire des courses).
  •  Interdiction de vendre ou de boire de l’alcool (rien de nouveau pour les péruviens qui sont régulièrement privés de boisson à l’approche des élections).
  • Couvre-feu, d’abord de 20h à 5h du matin, puis à partir de 18h (voire 16h dans certaines régions).
  • Exemption de responsabilité pénale pour les militaires et policiers chargés de faire respecter la quarantaine s’ils blessent ou tuent dans le cadre de légitime défense.
  • Sorties alternées des hommes et des femmes (les hommes ne sont autorisés à sortir que le lundi, le mercredi et le vendredi ; mardi, jeudi et samedi pour les femmes. Personne ne sort le dimanche ! ).

Autant vous dire que l’écart nous semblait immense quand, au même moment (mi-mars), nous voyions nos compatriotes français se ruer sans masque dans les parcs pour profiter du soleil.

Ces mesures peuvent paraître extrêmes mais nous ne pouvons pas nous empêcher de penser que le système de santé du Pérou est loin d’être aussi efficace que celui des pays européens et que les conséquences du Covid-19 peuvent être bien plus désastreuses pour une population moins favorisée et plus fragile.

Dans ces conditions, nous avons choisi notre auberge à Cusco avec la plus grande attention. Notre critère principal : une partie extérieure. Nous allons passer au moins 15 jours sans pouvoir sortir, autant espérer avoir un peu d’air frais et une sensation de liberté. Coup de chance : notre choix s’est porté sur l’une des meilleures auberges de tout notre tour du monde !

La Plaza de Armas de Cusco : déserte.

Confinement au bout du monde : une expérience sociologique

D’après les études sur l’impact du confinement sur la psychologie, les conséquences négatives sont récurrentes : dépression, stress, ennui… Quelle chance d’avoir vécu ce confinement de manière paisible ! Nous avons rarement vu autant de solidarité, d’entraide, d’attitude positive et d’imagination pour partager les tâches et occuper nos journées : une mini-société autonome et heureuse.

La clé du succès : rester actif pour éviter de se morfondre. Nous n’avons pas manqué d’imagination : cours de cuisine avec ateliers empanadas ou shakshuka, pain maison, initiation au yoga, jeux de société, atelier court-métrage, tournage d’un clip vidéo, séances de sport…

Cette ribambelle d’activités a été possible grâce à la diversité de nationalités et de personnalités tout aussi créatives qu’enthousiastes de l’auberge : des scénaristes, des cuisiniers, des monteurs, des sportifs mais avant tout des personnes à l’attitude positive. Sans oublier l’équipe de l’hostel aux petits soins pour nous malgré la situation très délicate (aucune aide n’est prévue pour les entreprises au Pérou).

Il est vrai que l’histoire ne nous dit pas ce qu’il se serait passé après plus de 15 jours de confinement ensemble…

Vue sur Cusco depuis San Blas

Confinés mais avec une vue imprenable sur Cusco.

Séances de sport à Cusco, Pérou pendant le confinement

Séances de sport à plus de 3400m d’altitude.

Atelier empanadas à Cusco pendant le confinement

Atelier empanadas !

Une communication officielle hasardeuse

Inscrits depuis le début de notre tour du monde sur Ariane (plateforme du gouvernement français pour garder contact avec ses ressortissants en cas de problème), nous avons été surpris d’avoir été très rarement contactés par mail. Les communiqués de l’ambassade étaient publiés uniquement sur les réseaux sociaux et n’ont pas toujours été limpides. Si nous avons réussi à nous procurer des billets pour un retour en France c’est d’ailleurs en court-circuitant les consignes parfois contradictoires que nous recevions.

Pour obtenir un billet Cusco / Lima, puis Lima / Paris, nous avons pris l’initiative de contacter directement les compagnies aériennes en passant par un chat en ligne ou par WhatsApp. Nous serions encore bloqués dans notre hostel si nous avions essayé l’achat en ligne sur internet ou si nous avions attendu qu’Air France nous contacte (comme l’ambassade le conseillait). Plusieurs personnes sont encore à Cusco à l’heure où nous écrivons ces lignes. Elles ont certainement eu moins de chance ou sont peut-être moins à l’aise avec le web ou les réseaux sociaux. Courage !

Confinement à Cusco au Pérou

Quand tu attends des nouvelles de l’ambassade française…

Un rapatriement digne d’un film de science-fiction

Première tentative en bus

La première tentative de déplacement des ressortissants français depuis Cusco jusqu’à Lima a été pour le moins lunaire. Annoncée sur Facebook à 15h30, pour un départ en bus à 17h : nous nous précipitons pour rejoindre une adresse improbable assez loin de la zone touristique sans aucune idée de la suite du programme.

En mettant les pieds dehors (pour la première fois depuis plusieurs jours), nous découvrons une ville déserte. Nous nous rendons compte que, sans masque, nous sommes persona non grata dans les bus. Les piétons s’éloignent quand nous nous approchons. Une fois que nous utilisons nos écharpes pour nous couvrir le visage, les passants nous aident avec le sourire et nous indiquent la route.

Arrivés à destination, nous payons en liquide l’équivalent d’un billet d’avion Cusco – Lima. Une fois bien installés dans le bus, coup de théâtre : le transfert est annulé. Le ministère des Affaires étrangères du Pérou a finalement refusé ce déplacement. Nous retournons dans notre auberge qui, par chance, nous accepte. Ce n’est pas le cas d’autres voyageurs qui se voient refuser l’entrée pour éviter des contagions…

Tentative de rapatriement depuis Cusco vers la France

La prochaine tentative sera-t-elle la bonne ?

Deuxième tentative en avion

La deuxième tentative, mieux organisée, est tout aussi hallucinante. Nous avons en main notre précieux sésame : un vol depuis Cusco pour rejoindre Lima avec la compagnie Sky Airline puis un vol Air France en direction de Paris !

Au premier aéroport nous faisons la queue, masque sur le visage, en gardant un mètre de distance. Une personne en blouse intégrale nous prend la température avec un pistolet laser infrarouge. Nos bagages sont ensuite déposés sur le sol pour être inspectés par des chiens renifleurs avant de finalement embarquer dans l’avion “humanitaire” (pour reprendre les mots du pilote).

Une heure plus tard nous atterrissons à Lima, accueillis par la Marseillaise et par des gendarmes français. Un bus vient nous chercher directement à la sortie de l’avion pour nous déposer à l’entrée d’une zone d’embarquement à l’air libre, improvisée sur le tarmac de l’aéroport. Nous n’allons pas bouger de notre siège : c’est l’immigration puis le personnel d’Air France qui viennent à nous ! Malgré les airs de scène de science-fiction, nous trouvons l’ensemble plutôt carré et bien organisé.

Dans les airs nous avons du mal à trouver le sommeil malgré le personnel volontaire de la compagnie aux petits soins avec nous ! Après 800 dollars dépensés et 30 heures de voyage nous arrivons enfin en France, très fatigués et avec des irritations : non pas à cause du prix des billets (finalement assez raisonnable) mais à cause du masque sur le visage.

Une fois dehors, le contraste est saisissant : les rues sont bien remplies et rares sont les masques sur le visage des passants ! Nous évitons d’y prêter attention : nous sommes déjà très contents d’être arrivés à bon port.

Nous voilà enfin au plus près de nos proches… enfin pas tant que ça : distance de sécurité oblige !

Covid-19 - Rapatriement à l'aéroport de Cusco

Inspection des bagages à Cusco.

Covid-19 - Rapatriement à l'aéroport de Lima au Pérou

Salle d’embarquement improvisée à Lima.

Vol Air France de rapatriement vers la France depuis Lima

Direction la France après 15 jours de confinement !

Vidéo de notre rapatriement et de nos 15 jours de confinement

Une expérience inoubliable

Le confinement à Cusco et le rapatriement sont des expériences si uniques que nous ne sommes pas près de les oublier. Nous garderons aussi un superbe souvenir des personnes avec qui nous les avons vécues : elles ont su rendre cette épreuve plus légère et surtout agréable à vivre.

On vous souhaite de réussir à rester positifs pendant cette période tout en restant actifs ! Apprenez une nouvelle langue, essayez-vous à la peinture, chantez depuis votre balcon, découvrez des expositions virtuelles et surtout faites un tour sur notre blog pour voyager depuis votre canapé ! Bon confinement à tous.

Vidéo de notre tour du monde confinés : comment voyager malgré le coronavirus

Le coronavirus a mis fin à notre aventure de globe-trotteurs. Avec un peu de créativité, nous avons réussi à prolonger notre tour du monde en plein confinement.

Réussir son tour du monde : 3 erreurs à éviter en voyage

Que ferions-nous autrement si nous pouvions recommencer notre tour du monde ? Voici les 3 erreurs à éviter en voyage pour un tour du monde réussi.

Partager l’article